Les salons généalogiques en Angleterre

A quoi ressemblent les salons généalogiques britanniques ?

Un des membres de l’équipe de GénéAgenda était présent au salon généalogique londonien « The Family Tree – Live » courant avril. Il nous fait partager les spécificités de ces événements anglo-saxons.
Vous pourrez ainsi découvrir différents éclairages thématiques. De quoi se rendre compte que si certaines choses sont semblables en France, il y a aussi de très bonnes initiatives là-bas qui trouveraient leur place dans les salons généalogiques tricolores…

Conférences, ateliers et conseils personnalisés

Les « workshops » : des ateliers au cœur de l’agora

Ce n’est pas une, ni deux, ni trois.. mais quatre salles qui dispensent simultanément des conférences sur des sujets variés.
Ces théâtres sont « sponsorisés » par certains acteurs majeurs de la généalogie, dont ils portent d’ailleurs leur nom (celui de la Fédération Anglaise des associations de généalogie, celui de MyHeritage ou encore celui l’Association des généalogistes professionnels).
Au total entre 25 et 30 conférences par jour, sur des thèmes très variés, par exemple :
– Sources en ligne pour la propriété et la fiscalité
– Adoption en Angleterre et au pays de Galles
– Je suis coincé (sic)
– Publier en ligne vos recherches sur l’histoire familiale – pourquoi et comment? 
– Comprendre et utiliser les archives des manoirs des XVIIe au XIXe siècles
A coté de ces trois salles aux thématiques variées, une autre salles est dédiée exclusivement à l’ADN, avec 13 conférences différentes sur 2 jours.

Au delà des conférences, il y a aussi des « workshops ». Ce sont des ateliers de 10 personnes maximum, animés par des tuteurs expérimentés (généalogistes professionnels, chercheurs, formateurs ou historiens…).
Tous assis autour d’un table ronde, les inscrits travaillent ensemble pendant 45 min sur des thématiques hyper précises en présence d’un expert du sujet. La plupart de ces ateliers ont très vite été complets, les inscriptions ayant été closes plusieurs jours avant l’événement.

Enfin, des séances de conseils individualisés (« One-to-one advice session ») sont proposées: ce sont des séances de 20min d’entretien individuel avec un expert (le plus souvent un généalogiste professionnel). Le choix de l’interlocuteur se fait en fonction de son domaine d’expertise (militaire, étrangers, blocages, recensements….).
20 minutes pas plus, car la cloche (tel un speed dating) vous rappellera qu’il est temps de laisser la place à quelqu’un d’autre…

Du coté des associations…

Les stands des associations : on y vend de tout…

Comme en France, la monde associatif fait partie des acteurs majeurs de la généalogie anglaise.
Ces associations (les Family History Societies) ont le plus souvent une assise géographique, à l’échelle d’un comté (finissant donc le plus souvent en « shire »).
Il y a aussi, comme chez nous, des associations axant leurs recherches sur des pays étrangers (les Indes, ancêtres chinois…), ou des parcours professionnels (cheminots, militaires…)
Il y a peu de différences, entre la France et la GB, sur les raisons pour lesquelles ces associations participent à de tels salons: elles y présentent leurs travaux, et cherchent bien évidement à promouvoir leurs services et produits, ainsi que capter de nouveaux adhérents.

Pour autant, il faut noter quelques particularités:
– il y a très peu d’ordinateurs et d’écrans sur les tables, à l’inverse des murs digitaux qui poussent chez nous comme des champignons sur les stands associatifs. A cela, deux explications. La première étant liée au coût des raccordements électriques et de l’accès filaire à internet, plutôt dissuasif dans ce genre de shows. La seconde explication est d’ordre structurelle: beaucoup d’associations privilégient encore beaucoup la vente d’index papier ou de dvd avec leurs bases généalogiques, ce qui, vu de France, peut paraître d’un autre âge
– ceci explique la profusion d’objets en vente sur les stands des assos: brochures, livres, dvd, cartes… C’est un peu déroutant par rapport à la France où la plupart des stands n’ont que quelques plaquettes d’informations à coté des portables et des écrans
– on note aussi une grande diversité d’objets (publicitaires ou non) en vente sur ces stands : badges, sacs, arbres… car comme en France, ces associations ont besoin de ressources financières. Mais ici le marketing publicitaire est vraiment invasif avec des goodies à en perdre la tête
– enfin, particularité britannique, la présence plus ou moins discrète de tirelires pour effectuer un don: parfois celle-ci est placée à coté d’un ordinateur, à libre disposition des visiteurs pour consulter les bases de données.. à votre bon cœur !

Ceci étant dit, la quasi absence d’ordinateurs sur les stands associatifs améliore grandement la convivialité du salon.
Quand en France, les membres des associations sont le plus souvent derrière leurs écrans (et bien cachés parfois !), ici on vous accroche du regard, on vous parle, on cherche à initier un dialogue avec les passants.
Il n’y a plus ce mur d’écrans entre les membres des associations et le public, et à bien y réfléchir, n’est-ce pas la force du salon généalogique ? Etablir des contacts physiques, instaurer des relations humaines dans un monde généalogique qui se dématérialise de plus en plus.
Le plus dur étant de trouver un juste équilibre entre le besoin légitime des visiteurs d’accéder aux ressources associatives (et donc aux associations de prouver l’intérêt d’adhérer) et la nécessité d’avoir une interactivité humaine…
A bien y réfléchir, le terme « Live » que porte régulièrement ces événements (« Family Tree – Live », « You do you think you are – Live »…) est bien mérité car ici tout est en action : des conférences et ateliers permanents, des animations constantes, des reconstituons historiques, des shows divers…

Généalogie et histoire vivante

La Reine Victoria nous attend sur son stand

Les anglais sont assez friands pour mélanger généalogie et reconstitution historique.
Bien sûr, dans certains salons généalogiques hexagonaux nous retrouvons parfois des sociétés d’histoire ou groupes d’amateurs de reconstitution (on pense, par exemple, à Napoléon sur le salon de Paris XV, ou la tranchée de 14-18 à Brive..), mais sur les salons internationaux anglais, c’est systématique et massif !

Cette année à Londres, vous pouviez aller à la rencontre :
– d’un bus anglais (à 2 étages) à l’intérieur duquel était aménagé l’intérieur d’une habitation londonienne et d’un abri souterrain pendant la bataille d’Angleterre (déco, maison en flamme, fond sonore de bombardement : on s’y serait cru !)
– de la Reine Victoria et son mari déambulant au gré des selfies anachroniques (compagnie Live’in History)
– des sympathiques personnages costumés du XVI et XVII s. de la compagnie Swords & Spindles Living History
– du stand de Living History Military pour admirer diverses tenues et accessoires historiques des armées britanniques
Avec la présence de tant d’exposants en uniformes sur le salon, il n’était donc pas rare de tomber nez à nez avec le reine Victoria, de prendre un café avec un soldat anglais, ou de croiser Cromwell dans les toilettes…

Money money money

L’Angleterre n’est pas réputée pour être un pays bon marché, et les salons généalogiques ne font pas exception.
Le show « Who Do You Think You Are ? – Live » qui s’est tenu jusqu’en 2017 à Birmingham était déjà assez onéreux : 22£ l’entrée pour une journée et 35£ le pass de 3 jours, sans compter le programme à 2£ et l’inscription à des conférences ou ateliers à 3£ chaque.
Le prochain Rootstech de Londres devrait être un peu moins cher que l’édition américaine: 149£ le pass 3 jours et 99£ le pass 1 jour (respectivement 99£ et 49£ en cas d’achat anticipé).
Le salon « Family Tree – Live » qui vient de se dérouler était nettement plus accessible: 14£ l’entrée journalière, comprenant le programme et l’accès gratuit aux conférences et ateliers.
« The Genealogy Show » qui se tiendra à Birmingham en juin prochain affiche un prix d’entrée comparable à 15£ (25£ les deux jours), mais 4£ pour chaque conférence.

Les tarifs précédents concernent les grands événements britanniques à vocation nationale voire internationale.
De nombreux événements anglais plus locaux (les Fairs et autres Shows régionaux) sont nettement moins chers, mais le plus souvent toujours payant (5 à 10€ l’entrée).
De tels tarifs ont de quoi donner le tournis aux français accoutumés à la gratuité de la quasi totalité des salons généalogiques. Cette tarification des entrées est le plus souvent motivée par le coût de la location des salles, pour laquelle les organisateurs français arrivent souvent à bénéficier de gratuité ou de tarifs réduits.
Mais il faut comparer ce qui est comparable: ces shows sont souvent sous-traités à des sociétés spécialisées dans l’organisation événementielle qui proposent des animations à profusion, et tout cela a bien évidement un coût.

Les excentricités britanniques

Pour avoir participé à trois grands shows généalogiques britanniques depuis 2016, je suis toujours surpris et émerveillé par cette ambiance si particulière, ces animations atypiques, et ces personnages hors du commun rencontrés sur place.

A chaque fois, on peut bénéficier de mises en scène historiques (exposition de chars ou d’avions des WWI & WWII, reconstitution de villages et personnages d’époque…), ou d’animations diverses par des troupes d’amateurs de reconstitutions historiques (militaire et civile).

Il est aussi fréquent de trouver des animations vraiment originales: cette année un arbre factice géant au pied duquel, dans un havre verdoyant, il y avait des tables pour converser et échanger entre cousins. A coté, un mur de briques (le « mur des souvenirs ») à construire ensemble par superposition de briques (symbolisées par des feuilles de papier) que chacun pouvait remplir à la mémoire d’un membre de sa famille.
Un joli pied de nez aux sempiternelles conférences sur le thème « Break the wall », littéralement « Casser le mur » ayant pour but de donner des astuces pour lever des blocages généalogiques. Car ici, il ne fallait pas casser le mur, mais le reconstruire avec la mémoire de chacun…

Les stands (d’associations ou professionnels) sont aussi une source d’étonnements et de surprises. Des exposants en tenue d’époque, des objets insolites (squelettes, cranes…), ou chargés d’histoire (médailles, vêtements, parchemins…). Un régal pour les yeux !

Enfin, au hasard d’une allée, on tombe nez à nez avec une personne déguisée (en tant qu’homme sandwich publicitaire), ou arborant un superbe chapeau « arbre généalogique », ou vêtue d’un kilt (mais loin de moi l’idée de faire passer cette tenue traditionnelle pour un déguisement !), ou bien avec des tenues vestimentaires que seuls les anglais sont capables de mettre…le bon goût étant parfois une notion étrangère à certains …

Brefs, des expériences d’immersions fantastiques dans un monde à part (et pourtant si proche de nous), qui font de ces événements des endroits que j’adore fréquenter.
Alain ROUAULT
Exposant sur le stand Passion-Généalogie
et reporter de guerre (uniquement dans les zones hostiles) pour GénéAgenda

NB: ces différents articles ont été publiés sur la page facebook de GénéAgenda avec de nombreuses photos illustrant les thèmes développés.